MANIFESTE POUR UNE SLOW DÉCORATION

C’EST QUOI UNE SLOW DECO OU SLOW DECORATION ?

Les problématiques écologiques et humaines sont au coeur de nos préoccupations actuelles. On ne peut plus faire comme si de rien n’était, et nous sommes de plus en plus nombreux à manger bio, de qualité, local, à privilégier des cosmétiques sains, à faire nos propre produits ménagers… C’est dans cette continuité que s’inscrit la notion de décoration durable, ou slow deco. Quand on sait que le marché français de la décoration se situe entre 16 et 24 milliards d’euros en 2017 (28 milliards pour le marché vestimentaire), on ne peut qu’imaginer l’impact environnemental et humain réel de notre déco-consommation. Celle dont je souhaite parler est un équilibre, propre à chacun, mêlant durabilité, écologie, respect de la santé, esthétisme, authenticité, simplicité, naturel, qualité, local, solidarité, partage et joie.

De nombreux termes partagent cette philosophie commune, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver. La slow deco réunit notamment les visions de la décoration éco-responsable, du minimalisme modéré, du kinfolk et de la green deco.

DÉCORATION ÉCO-RESPONSABLE

La notion d’éco-responsabilité est un mot nouveau faisant écho à la protection de la nature et de l’environnement. Il est question de «faire» et de consommer en ayant un impact réduit sur la planète en privilégiant une production locale, des matériaux renouvelables et abondants.

KINFOLK

Kinfolk, à l’origine est un magazine américain, dont le style s’est propagé dans le monde entier. Il est question de faire l’éloge de la slow life à travers des intérieurs chics et singuliers. Le style Kinfolk prône la simplicité à travers des tons naturels, un mélange d’objets d’antan, brutes, champêtres, minimalistes…

MINIMALISME

Par définition, il est question de simplification extrême. Le minimalisme prône un retour à l’essentiel par le désencombrement et la suppression du superflu. On préfère s’entourer de peu, seulement de l’utile et de préférer la qualité à la quantité.

GREEN DECO

La notion incarne le respect de l’environnement. Elle privilégie le recyclé, le recyclable et les plantes. Il est également question de se prémunir des Composés Organiques Volatiles (COV) qui inondent nos intérieurs.

SLOW DECO OU SLOW DÉCORATION

La notion de slow évoque l’idée deprendre le temps, mais son sens s’est nettement étendu depuisl’arrivée de la Slow Food dans lesannées 1980, puis la Slow Life, la Slow Fashion, … En effet, par Slow, on évoque à la fois l’authenticité, les choses vraies, le beau, le bon, le durable, la qualité, le local.

Tous ces termes se rejoignent tant dans leur définition que dans leur vision, à la différence que la notion de Slow Deco semble être celle qui englobe tous les aspects environnementaux, humains et sociaux qui me sont chers.

Il est question de vivre avec son époque tout en limitant les impacts humains et écologiques de notre consommation. De conserver son confort et l’esthétisme de ce qui nous entoure tout en vivant d’une façon plus responsable et raisonnée. 

Il s’agit aussi de considérer son lieu de vie comme un allié de notre épanouissement et de notre joie au quotidien. Il est donc question de construire un intérieur sain et à notre image pour se sentir bien dans sa peau et dans sa tête.

VALEURS DE LA SLOW DECO

Le terme de slow deco va au delà de la notion de décoration écologique et prend en compte différents impacts tant environnementaux qu’humains et sociaux.

ÉCOLOGIQUE

Les matières naturelles, de qualité, renouvelables et abondantes sont privilégiées (bois, textilecéramique …). La question de la matière doit être pensée pour chaque composante d’un objet : la matière principale, celle des accessoires, les produits de finition utilisés, les colles d’assemblages…

Le processus d’extraction de ces matières doit être respectueux des ressources naturelles et de la biodiversité.

Pour réduire l’impact carbone de la production et du transport (matière, lieux de production…), on choisit le local.

Les productions de masse sont souvent inadaptées laissent pour déchets invendus une partie de leur production. Les productions en petite quantité, à la demande ou en pièce unique constituent une bonne solution pour une production juste.

Dans une logique de réduction des déchets, il est préférable d’opter pour des objets qui pourront être recyclés ou upcyclés facilement. En ce sens, acquérir des objets de seconde main est une option à privilégier. La boucle est bouclée.

ÉTHIQUE

La notion de «qui fabrique» et «comment» est au coeur de la préoccupation sociale. Il est question de s‘assurer que celui qui produit le fait dans la dignité, le respect de ses droits et obtient une juste rémunération selon les principes du commerce équitable.

Ce questionnement inclut la notion de travail non-aliénant. Les tâches répétitives, les objets produits en masse à l’identique, ont un impact négatif sur le quotidien de celui qui produit. On privilégie là encore des objets fabriqués en petite quantité et dans des conditions de travail saines.

Une consommation éco-responsable se doit de favoriser les entreprises locales, les artisans et groupements d’artisans, les SCOP, et également les produits fabriqués par des personnes dans le cadre d’associations de réinsertion ou d’accompagnement que notre achat soutient.

ARTISANALE / RAISONNÉE

Les produits réalisés de manière artisanale (à la main ou à la machine) pour soutenir et préserver les savoir-faire ancestraux, et ainsi protéger une partie de notre héritage culturel, sont privilégiés. On veille, dans la mesure du possible, à ce que les tâches ne soient pas aliénantes pour ceux qui produisent.

Les objets réalisés à la main ont également un supplément d’âme qui sait réchauffer nos maisons pour longtemps. Les imperfections du travail manuel ont le pouvoir d’humaniser un lieu de vie.

L’impact de bien-être procuré par un objet a également son importance. L’impact peut être lié à une caractéristique technique (relaxant, apaisant, assainissant…) ou en lien avec ses caractéristiques intrinsèques (objet ayant une histoire, dont la couleur nous calme, dont le toucher de la matière réconforte, une pièce coup de coeur…)

La notion d’impact sanitaire est également importante. On privilégie les objets dont les matières ne polluent pas l’air. Certains objets émettent des Composés Organiques Volatiles (COV, émanations toxiques pour notre santé) durant des semaines, voire des années après leur production.

Un objet bien pensé se doit également de répondre à une fonction ou à un usage intuitifs.

« JE REFUSE D’ACHETER QUOIQUE CE SOIT QUI AIT PORTÉ PRÉJUDICE À UN ÊTRE HUMAIN OU À LA PLANÈTE. »

KEVIN MCCLOUD

SLOW DECO WHEEL

matiere production produit fini slow deco

MOUVEMENT SLOW – LA NOTION DU TEMPS

Le terme de slow deco porte la notion du temps en lui-même. Et finalement, il est celui qui rassemble toutes les valeurs mentionnées ci-dessus, il constitue le socle.

  • Prendre le temps d’aménager son lieu de vie pour qu’il corresponde à nos habitudes, notre circulation, notre vie de famille. Accepter que cela puisse prendre du temps de sélectionner des objets qui nous correspondent vraiment. Cela demande de regarder en soi et de ne pas céder à l’achat tendance. Les tendances ne sont pas mauvaises en soit puisqu’elles sont le reflet de nos sociétés et ainsi, portent l’Histoire en elle. Le problème c’est ce que les marques en ont fait dans notre société qui va toujours plus vite : des collections prêtes à jeter qui changent tous les six mois et dont on se lasse vitesse grand V. Les marques les utilisent avec abus pour vendre. Aimez-vous vraiment cet objet ou est-ce qu’il vous fait de l’oeil parce que vous le voyez partout sur Instagram dans des mises en scène de rêve ?
  • On retrouve le temps à travers les objets d’occassion et chinés. Vous leur offrez une seconde vie, ils portent en eux les traces du temps, leur(s) vie(e) précédente(s). Le temps est vecteur d’histoire et donne un supplément d’âme aux objets qui traversent les époques.
  • La slow deco invite aussi à renouer avec la valeur du temps et le juste prix des choses. Les produits de qualité en petites quantités réalisés par des artisans nécessitent un temps de production incompressible. L’Homme derrière l’objet aura donné du temps de sa vie, un temps qui ne peut être remplacé par des machines, un morceau de son âme. Les coûts de production ne baissent pas pour un artisan si vous commandez en grande quantité (contrairement à l’industrie et aux machines). C’est ce temps que vous payez lorsque vous investissez dans un objet fabriqué par les mains d’un être humain.

La notion de slow home quant à elle évoque pour moi l’idée d’adapter sa maison à soi, de la penser, l’aménager en fonction des saisons, en fonction de l’évolution de notre vie. Cela demande observation et écoute : ce que je ressens dans une pièce avec cet aménagement là, ce que je ressens en mettant ce fauteuil de l’autre côté, quelle est la luminosité naturelle dans cette pièce lorsque je rentre du travail, quelles sensations je ressens dans ces draps en lin, sous ce plaid en laine, devant ce tableau coloré, … Je déplace, j’écoute ce que je ressens, j’essaye de déplacer à nouveau, je m’écoute, et j’améliore encore.

Une maison est un lieu de vie, par définition elle n’est pas figée et doit s’adapter. La slow deco invite à construire une décoration à vivre en phase avec soi-même.